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12/02/2014

Imprimante jet d'encre.

Les procédés d'impression.

La découpe du papier par laser...

la fabrication du Démocrate...

Je n'ai pas résisté bien longtemps à l'envie de vous donner à voir ce petit film... La nostalgie camarade, comme le chantait si bien Gainsbourg. Un monde a disparu. Il en reste des traces dans l'archéologie industrielle. Toujours aussi émouvant d'en percevoir les derniers souffles...


Le démocrate de l'Aisne : quel avenir pour le... par UnionArdennais

Visite au moulin du Gôt

Petit cours historique par Frédéric Tachot

Un cours par maître Tachot ne se refuse pas...

Petite musique de bielles et pistons.....

Ecoutez-la bien, la petite musique de la monotype. Elle a bercé mes 20 piges. C'était dans le groupe  Firmin Didot à l'imprimerie Alençonaise, ex imprimerie Poulet Malassis... On travaillait sous le portrait de Baudelaire..  Est ce que ça s'invente, un détail pareil? 

Des noms : Mr Houssemaine, Verfailli, Lanoes, Janin à la reliure, Lechat à la typo, Ricanet, Riet, d'autres dont le temps a effacé jusqu'au nom...

Cette petite musique du mot, ça ne vous rappelle rien ? Emir Kusturika....  Le concert de bielles et pistons à la fin du film..... Je crois que c'est Chat blanc chat noir ou Underground... Je ne sais plus trop. Et c'est pas grave.

Le stacatto de la ligne... La poésie de la prose du transibérien... Cette longue ligne qui vous mène à Vladivostock...

Hé Cendrars, réveilles-toi de ta cuite, on est arrivé au bout de la ligne...

 

Un petit air rétro bien sympathique ma foi.....

06/02/2014

La photo... C'est pas sorcier....

24/01/2014

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le papier sans jamais oser le demander....

03/09/2013

Lequel de ces deux objets est interdit aux USA?

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19/02/2013

Amazon: Des méthodes qui sentent le soufre ?

C’est la chaine allemande ARD qui est à l’origine du scandale. Amazon aurait engagé une équipe de sécurité néo-nazi pour surveiller les personnes travaillant de façon temporaire dans ses centres de distribution (DC).
La chaine de télé a récemment montré un reportage sur le géant Amazon. On y apprend que 5000 travailleurs temporaires étrangers travaillent dans le pays pour procéder au picking des produits commandés par les internautes et à l’empaquetage des colis avant expédition. Ils sont logés assez loin des entrepôts et sont étroitement surveillés.

Le film montre sans cesse la présence de la compagnie HESS Security. Ces employés fouillent régulièrement les chambres des travailleurs occasionnels et leur ont annoncé qu’ils étaient « la police ». Certains témoignages affirment que ce groupe marche à l’intimidation.
Ces gardiens vêtus de noir portent des vêtements de la marque Thor Steinar, une marque qui se réclame de la mouvance nazie. Amazon a d’ailleurs décidé en 2009 de ne plus vendre dans ses boutiques web cette marque.

Pour la ARD, le nom de cette entreprise serait liée à Rudolf Hess, l’un des bras droit d’Hitler. Le patron, un certain Uwe L serait un activiste hooligan de la branche néo-nazie.

HESS n’a pas souhaité commenter le reportage des journalistes. Amazon a par contre fait savoir qu’ils n’avaient pas directement contracté  avec ce cabinet de sécurité, un porte-parole a déclaré : « nous sommes bien sûr, en train d’examiner les allégations relatives au comportement des agents de sécurité et nous prendront immédiatement les mesures appropriées. Nous ne tolérons pas la discrimination ou l’intimidation. »


15/01/2013

Pourquoi c'est plus beau que dans l'assiette.....

16/09/2012

la fabrication d'enveloppes


Enveloppes - comment c'est fait ? par diem-perdidi

la fabrication de CD

08/09/2012

caractères en bois

20/06/2012

Encre photovoltaïque au polycarbazole

 

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Caractéristiques

-    Encre photovoltaïque organique à base de polymère polycarbazole
-    Offre un rendement d’environ 8%
-    Résistant à l’eau, à la chaleur et aux intempéries
-    Colorations diverses
-    Alimentation d’un i-pod // i-pad // i-phone

Intérêts :
-    Vulgarisation du photovoltaïque (impression possible à partir d’une imprimante à jet d’encre)
-    Économique (l’azote, le carbone, l’hydrogène et le souffre remplacent le sodium ou l’indium)
-    Écologique
-    Applicable sur des bases plastiques (ou textiles: technologie émergente)
 
Contraintes :
-    Nécessité d’être exposé au soleil
-    Moins performant que le photovoltaïque au silicium
-    Érosion au soleil
 

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02/10/2011

La librairie en danger (extrait)

par Olivier Bétourné, président des éditions du Seuil

Une étude récente, réalisée pour le compte du Syndicat de la librairie française (SLF) et du ministère de la culture, vient de jeter une lumière crue sur les menaces qui pèsent sur la librairie en France. On y lit notamment que “le chiffre d’affaires des librairies indépendantes a reculé de 5,4 % entre 2003 et 2010, avec un net décrochage au cours des deux derniers exercices (- 2,5 % en 2009 et - 3 % en 2010)”.

Ce constat a de quoi surprendre. Car il va à l’encontre de ce que nous savons, par ailleurs, du développement du marché du livre depuis trente ans : sa progression est indiscutable, même si les dernières années ont été plus chaotiques.

Les causes de ces difficultés sont identifiées par le rapport : affirmation de la grande distribution et du commerce sous enseigne, surgissement d’Internet. Ce contexte de concurrence renforcée suscite une vigoureuse réaction des libraires eux-mêmes, en matière d’adaptation aux nouvelles réalités numériques notamment.

Mais rien n’y fait, et le mal menace d’emporter les plus vulnérables d’entre eux, tant se sont accrues les charges qui pèsent sur l’exploitation : hausse des loyers commerciaux en centre-ville, “envolée” des coûts de transport notamment. Dans les plus petites structures, note encore le rapport, “c’est la rémunération des dirigeants qui fait fréquemment figure de variable d’ajustement pour équilibrer les comptes”. Autrement dit, le travail de certains libraires n’est plus rémunéré. Par quel miracle leurs enfants souhaiteraient-ils prendre la relève ?

Il y a un peu plus de trente ans, lorsque j’ai fait mes premiers pas dans l’édition, au Seuil déjà, la librairie dominait nettement le commerce du livre en France : 40 % environ du chiffre d’affaires passait par elle. Aujourd’hui, cette part de marché est tombée à 25 %, si l’on en croit le panel TNS Sofres. Affaiblissement spectaculaire mais logique, sous l’effet des nouveaux modes de commercialisation des biens culturels, de la montée en puissance des temples de la consommation et, plus récemment, des nouvelles technologies.

Ce recul de 15 points ne doit pas, cependant, fausser la perspective : la librairie indépendante, qui, ne l’oublions pas, assure la dynamique de lancement des livres de littérature générale et de sciences humaines, a mieux résisté en France que dans d’autres pays, comme l’illustre le cas américain : au cours de la même période, en effet, sa part est tombée outre-Atlantique d’un niveau comparable, toutes choses égales par ailleurs, à… un peu plus de 10 %.

Cela tient au fait que tous nos gouvernements, de gauche comme de droite, sont restés attachés, pendant cette période, au principe de l’exception culturelle. Certes, le livre est objet de commerce, et l’activité éditoriale ne sauraitêtre soustraite aux règles du marché. Mais celui-ci, en retour, ne saurait s’imposer sans mécanisme de régulation, sous peine de porter atteinte à la création elle-même.

 

C’est à la gauche que revient le mérite d’avoir institué ce principe, le 10 août 1981, avec le vote de la loi sur le prix unique du livre, dite loi Lang, laquelle devait assurer pendant trois décennies le maintien d’un réseau de librairies indépendantes assurant la promotion du fonds des éditeurs et la découverte de nouveaux talents.

Dans le même esprit, en décembre 1988, fut créée l’Association pour le développement de la librairie de création (Adelc), à l’initiative de quatre éditeurs : Gallimard, La Découverte, Le Seuil et Minuit. Ces éditeurs de référence se proposaient de mobiliser les moyens propres à favoriser la modernisation des librairies, afin que celles-ci fussent en mesure de résister à la montée en puissance de la grande distribution, à opposer à la logique de la rentabilité à court terme, celle de la diversité d’une offre de qualité.

L’enjeu : donner toutes leurs chances à des livres et à des écrivains qui, sans libraires pour les faire découvrir, n’auraient pas la moindre chance d’exister. Vingt-trois ans après la création de l’Adelc, il apparaît que plus de 400 libraires ont bénéficié, grâce à elle, d’une aide cumulée de plus de 25 millions d’euros.

Que faire aujourd’hui ? Bien entendu, ici et là, les sirènes du libre marché se font entendre, pour recommander aux acteurs de la chaîne du livre d’abandonner les libraires à leurs difficultés, puisque d’autres structures de commercialisation prennent la relève. Mais comment peut-on être aussi aveugle ?

 

Comment ne pas voir que si telle librairie en ligne à l’enseigne globalisée propose au consommateur une incomparable vitrine de plusieurs centaines de milliers de titres de fonds (et a fortiori toutes les nouveautés), elle ne saurait assumer ce que seul un libraire sait faire, parce que tel est son métier : installer le désir d’apprendre et dedécouvrir au coeur d’un espace de vente, dispenser un conseil devenu irremplaçable pour permettre aux lecteurs de se repérer dans la jungle des publications, prendre le temps de faire entendre des voix neuves. Si la première est des plus compétitives pour livrer rapidement un livre bien identifié et réputé introuvable, l’autre assume aussi une fonction politique.

Que celle-ci vienne à dépérir, et les éditeurs seront contraints de bouleverser leur programme et de se soumettre, peu ou prou, au diktat des listes de meilleures ventes et aux caprices de l’opinion. Fini l’investissement sur des auteurs inconnus, fini l’arpentage des vrais terrains de la pensée.

Aux Rencontres nationales de la librairie, tenues à Lyon, en mai, des voix se sont fait entendre pour demander une meilleure répartition des marges tout au long de la chaîne du livre. Nous devons répondre à cet appel. Alors : éditeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires, tous unis, dans l’esprit de la loi Lang, pour faire face à la dégradation brutale de la situation de la librairie ?

Ne rêvons pas, bien sûr. Mais nous serons tous d’accord, je crois, pour reconnaître que, si la chaîne du livre a traversé ces trois décennies sans trop de casse, ce sont les libraires qui ont le plus souffert.

Voici trois axes d’action immédiate qu’avec notre diffuseur, Volumen, nous nous proposons d’explorer, dans l’esprit qui nous anime depuis toujours.

Premier axe : réexaminer les “conditions générales de vente”, afin d’assurer la meilleure rémunération minimale aux libraires.

Deuxième axe : multiplier les contrats de partenariat. L’idée est ancienne, elle n’a jamais été appliquée avec suffisamment de détermination. Le principe en est simple : il s’agit, tout à la fois, d’inciter le libraire à mettre en avant les jeunes écrivains et, d’une manière générale, la littérature de création, à conserver dans sa librairie une part significative du fonds de l’éditeur, et enfin à fixer d’un commun accord un taux de retour acceptable par les deux partenaires. En contrepartie, l’éditeur s’engage sur l’octroi d’une remise plus forte.

 

Troisième axe : réaménager le modèle de commercialisation du livre, afin d’en réduire les coûts. Les pistes d’économies sont sérieuses, explorons-les ensemble, et faisons bénéficier en priorité les libraires des gains de productivité ainsi obtenus.

Il n’y a pas de temps à perdre : l’urgence à mettre en oeuvre est la même qu’il y a trente ans.

21/12/2009

Impression de Harry Potter

30/11/2009

Sa maison est en papier

Une maison en papier pour les personnes démunies
(src : Times, Spiegel)
Une maison en papier pour les personnes pauvresL' Universal World House est un habitat "de papier" d'une superficie de 36 m2 pensé et breveté par Gerd Niemoeller, un inventeur suisse.

La maisonnette peut être utilisée presque partout : légère, facile à assembler, respectueuse de l'environnement, anti-sismique et peu coûteuse. En effet, la maison modulaire est proposée par l’entreprise suisse "The Wall" au prix de 4 000 euros. Ce prix comprend la plomberie, une chambre aménageable - jusqu'à 8 couchages -, une véranda, une douche et un toilette.

D'un poids total de 800 kg, la maison ne pèse plus que la moitié sans le bloc de base. Les différentes parois et cloisons sont composées de celluloses imprégnées de résine, de cartons recyclés et de journaux. Ainsi, selon son concepteur, avec la chaleur et la pression, le papier deviendrait extrêmement résistant et stable.

L'intérieur des panneaux préfabriqués ressemble à un nid d'abeille, où l'air va remplir le vide de chaque unité. Cette technique utilisée dans certains avions et bateaux amène à obtenir des murs bien isolés.

Une maison en papier pour les personnes pauvres

L'objectif premier est de créer "un habitat intelligent d'urgence" permettant d'offrir un logement aux personnes déplacées et aux populations urbaines pauvres. Car selon son inventeur, "le nombre de migrants et de réfugiés vivants dans des logements improvisés, va croître avec le changement climatique, et nous voulons offrir une alternative."

Plus de 2000 maisons ont déjà été commandées par une société nigériane. Par ailleurs, le Zimbabwe et l'Amérique du Sud sont également intéressés par le procédé

12/09/2008

Pour la survie de la diversité culturelle

Eloge de la petite édition* par Pierre Jourde

* cet article a été publié par le monde diplomatique de janvier 2007

Pierre Jourde est Professeur à l’université Stendhal - Grenoble - III. Auteur, notamment, de La Littérature sans estomac, réédition Pocket, Paris, 2003.

 La France est sans doute le pays du monde où le système de soutien à la création littéraire est le plus puissant et le plus complet : prix innombrables, foires ou salons du livre répartis sur toute l’année et dans tous les départements, nombreux périodiques spécialisés, bourses de création et résidences d’écrivains. Il faut ajouter à cela un dense réseau de librairies. Beaucoup de leurs propriétaires organisent des rencontres avec des auteurs, sacrifient leur temps et leur argent pour défendre la littérature. Un tel système permet à de nombreux écrivains de vivre et de se faire connaître.

La diversité des maisons d’édition, aussi bien par la taille que par la spécialité, est un élément déterminant. Sans les petits éditeurs de littérature, beaucoup d’écrivains ne parviendraient pas à trouver leur place. Non que l’on publie dans les petites structures des ouvrages plus intéressants que chez Gallimard ou qu’au Seuil. Le choix n’y est, proportionnellement, ni pire ni meilleur. Mais elles exercent au moins quatre fonctions essentielles : permettre à de jeunes auteurs d’accéder à la publication ; assurer la survie de genres peu commerciaux ; faire passer en France toute une partie de la littérature étrangère ; rééditer certains écrivains oubliés (1).

Reste à savoir ce qu’on appelle « petite édition » en littérature. Bien souvent, un petit éditeur en cache un gros, dont il ne constitue en fait qu’une collection. Le véritable petit éditeur est indépendant. Il est diffusé en général par un distributeur spécialisé dans les maisons de taille restreinte, ou bien pratique l’autodiffusion. Il fonctionne avec une ou deux personnes, souvent sur la base du bénévolat. Pour certains, l’édition est un violon d’Ingres coûteux, et dévoreur de temps. Quant à vivre de cette activité, ce n’est jamais facile (2).

Les éditeurs riches disent souvent que publier des écrivains médiocres mais vendeurs leur permet d’éditer des auteurs plus difficiles. Certes. Mais, dans la plupart des cas, ces auteurs ne trouvent refuge, paradoxalement, que chez les éditeurs modestes. Lorsqu’un débutant a été refusé par toutes les grandes maisons, il se tourne vers une petite. S’il parvient au succès, il arrive fréquemment qu’il la quitte et qu’il soit récupéré par une grosse structure qui a les moyens de le faire accéder plus vite à la notoriété et aux prix.

Vie poétique intense

Ainsi, les éditions Parc, qui publient de beaux petits livres, originaux, dans une indifférence presque complète, ont pris le risque de faire paraître les premiers textes de Gilles Sebhan et de Pierre Mérot. Mais, en dehors de quelques découvreurs tels que Dominique Noguez, les journalistes n’ont commencé à les considérer comme intéressants que lorsqu’ils sont entrés dans des maisons plus connues. D’autres ont eu moins de chance. Un petit chef-d’œuvre comme Carnaccia, d’Olivier Gambier, est destiné à rester quasi ignoré. Dans un siècle, on le classera peut-être parmi les grands oubliés. Quant à John Gelder, qui a fondé Parc, on reconnaîtra un jour en lui une de ces figures méconnues de l’édition, comparables à un Auguste Poulet-Malassis, l’éditeur des Fleurs du mal, à un Léon Genonceaux, celui de Lautréamont, ou à un Delangle, qui s’est ruiné en publiant l’Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, de Charles Nodier.

On pourrait multiplier les exemples. Olivier Bessard-Banquy résume parfaitement le cas édifiant de Michel Houellebecq, qui a fait paraître son premier roman chez Maurice Nadeau : « Publié d’abord par un éditeur courageux mais disposant de peu de moyens, Houellebecq a bénéficié de l’extraordinaire richesse de la petite édition qui, seule, s’est engagée à le soutenir et à le porter vers le public alors que les grandes maisons lui ont toutes fermé la porte au nez (3). » De même, Philippe Claudel a publié des livres chez Phileas Fogg ou chez La Dragonne avant de connaître le succès chez Stock avec Les Ames grises. Hédi Kaddour, l’auteur de Waltenberg (Gallimard), publiait auparavant au Temps qu’il fait. Tristram a donné sa chance à Mehdi Belhaj Kacem. José Corti publie presque toute l’œuvre de Claude Louis-Combet. POL, à l’époque où il était indépendant, a eu le courage de soutenir l’œuvre difficile, mais essentielle, de Valère Novarina, sans parler de Jean Daive, Christian Prigent, Eric Meunié. Richard Millet y a fait paraître de nombreux livres avant de passer chez Gallimard.

Sans la petite édition, la poésie, en France, n’aurait pas survécu. Ce ne sont pas Grasset ni Fayard qui perdraient un sou en publiant de jeunes poètes. Ces maisons ont pour vocation le chiffre d’affaires. On n’appartient pas impunément à l’empire Lagardère. Les éditeurs de poésie, innombrables et dévoués, à l’existence aussi éphémère parfois que les revues, se nomment, par exemple, L’Escampette, Le Dé bleu, Créaphis, Lettres vives, Farrago, Akenaton, Comp’Act, Al Dante, Tarabuste, Fata Morgana, Cadex, Deleatur, Le Temps qu’il fait, Rougerie, Encres vives, Obsidiane, Cheyne, æncrages, etc. Souvent, ils publient aussi de beaux livres où un écrivain s’associe à un artiste, comme Voix d’encre, à Montélimar. Sans eux, aurait-on pu lire Alain Borne, Valérie Rouzeau, James Sacré, Christophe Tarkos, et presque tous ceux qui animent une vie poétique peut-être plus intense aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été ?

Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il a tendance à s’accentuer. Il y a cinquante ans, les grands éditeurs misaient sans doute plus sur le fonds, moins sur la grosse cavalerie et les ventes rapides. On y éditait plus facilement de la poésie, par exemple. Robert Vigneau, qui a publié en 1979 le magnifique Elégiaque en collection « blanche » chez Gallimard, ne trouve plus que des microéditeurs. En outre, dans les années 1960 et 1970, celles du boom économique et culturel, les éditeurs importants prenaient plus facilement le risque de textes difficiles et d’auteurs peu connus, de peur de rater le train de la modernité.

Ce ne sont pas seulement les auteurs marginaux, ou les futurs grands écrivains, qui trouvent refuge dans les petites maisons, ce sont aussi les genres et les tons mineurs, négligés ou provisoirement méprisés, comme autrefois le roman : érotisme, satire, canulars, insolite, faux dictionnaires, catalogues d’expositions loufoques, récits incongrus et univers imaginaires sont chez Parc ou au Daily Bul, à la Musardine, chez Desmaret, Berg ou Joca seria. Tout n’est pas réussi, mais les petits éditeurs demeurent le principal lieu d’expérimentation et d’invention, sans lesquelles une littérature ne vit pas.

Beaucoup d’auteurs étrangers vivants doivent passer par de petites maisons pour trouver un public. La Fosse aux ours effectue un travail essentiel pour la connaissance de la littérature italienne. L’Esprit des péninsules publie des écrivains mongols, croates, bulgares ou turcs. Anne-Marie Métailié donne à lire, entre autres, des textes brésiliens ou portugais, Liana Levi traduit de l’hébreu ou du yiddish.

Enfin, c’est bien souvent dans la petite édition que l’amateur trouvera des rééditions soignées d’auteurs oubliés, des textes rares de grands auteurs, des ouvrages qui ont eu leur importance dans l’histoire de la littérature ou des idées, des curiosa. Interférences publie une belle édition illustrée des Diableries moscovites, d’Alexandre Tchaïanov, Sillage le Tannhaüser crucifié, de Hanns Heinz Ewers, les Editions du Sandre ressortent Les Soirées de Saint-Pétersbourg, de Joseph de Maistre, essentielles pour l’histoire des idées au XIXe siècle.

C’est grâce à La Chasse au Snark et aux Editions du Fourneau que l’on peut retrouver maints textes de la fin du XIXe siècle, grâce à Max Milo que l’on redécouvre le tout premier Prix Goncourt, John-Antoine Nau, ou, sous une forme malheureusement très incomplète, l’Entartung, de Max Nordau, une des références du discours fasciste sur la création (4). Fornax exhume le savoureux Mes états d’âme ou les sept chrysalides de l’extase, du « vicomte Phoebus, retoqué de Saint-Réac », Le Castor astral des textes méconnus d’Emmanuel Bove, d’Erik Satie, d’Alfred Jarry. Longtemps, on n’a pu se procurer certains des romans de Joris-Karl Huysmans ou des recueils de nouvelles de Jean Lorrain que chez A rebours, Christian Pirot, Maren Sell. Et qui d’autre que Jérôme Millon publierait les introuvables de la mystique chrétienne ?

En dépit de leurs faibles moyens, ces éditeurs sont aussi, fréquemment, des artistes, réalisant de beaux livres, que ce soit dans la tradition – belles typographies, beaux papiers, belles maquettes – ou dans l’invention, jusqu’à faire du livre un véritable petit objet d’art moderne. Pour des sommes très modestes, on peut se procurer les superbes ouvrages de l’Archange Minotaure, d’Eolienne, de l’Epi de seigle ou de la Sétérée.

Les petits éditeurs ont à la fois un problème de visibilité et un problème d’argent. Les libraires croulent sous l’accumulation de romans. Comment trouver un espace pour un recueil de poésie tiré à trois cents exemplaires, mal distribué, et dont on vendra un ou deux en six mois ? Non seulement les journalistes accordent presque toute la place, à chaque rentrée littéraire, à deux ou trois livres publiés par Flammarion, Grasset ou Albin Michel, mais les prix les plus connus vont systématiquement aux grandes maisons.

Enfin, comme s’il fallait définitivement en finir avec la pluralité et avec l’édition indépendante, celles-ci envahissent les rayons avec des tirages massifs, entassent des piles dans les Fnac. On publie sept cents romans français en septembre. Cette abondance ne signifie pas que le lecteur a vraiment le choix. Les mémoires d’un chanteur ou le roman d’un présentateur de télévision chez XO ou Jean-Claude Lattès ne sont pas nécessairement plus lisibles et plus palpitants que, chez Allia, un récit d’Oliver Rohe ou une réédition de Pierre Louÿs. Mais, en l’absence de véritable information, le lecteur moyen ne choisit pas : il prend ce qu’il voit et ce dont tout le monde parle. Certains ont les moyens de lui faire croire qu’il choisit.

On s’étonne donc des offensives régulières des grandes maisons (l’une des plus récentes venant de Laure Adler, alors responsable du département littérature du Seuil) qui s’en prennent aux petits pour leur reprocher de n’avoir qu’un succès de snobisme, ou d’encombrer les tables des libraires. Il ne suffit pas aux grands éditeurs d’être riches, il faut aussi que les autres n’aient pas le droit d’exister.

Des journalistes au secours des vainqueurs

Un petit éditeur, à moins de bénéficier d’une fortune personnelle ou de trouver un mécène, finit par être dévoré par un plus gros. S’il veut survivre et demeurer indépendant, il doit souvent avoir recours aux aides à la publication apportées par le Centre national du livre (CNL). Mais celui-ci ne peut pas soutenir tout le monde. En outre, l’arrivée récente de Bernard Comment, du Seuil, peut faire douter de l’équité de certains de ses choix et a provoqué le départ d’une partie des membres.

Seule une minorité de petits éditeurs sont installés à Paris. L’implantation en province permet de solliciter l’aide des centres régionaux du livre (CRL). Mais l’appui des collectivités locales peut entraîner une nouvelle sorte de dépendance, et obliger l’éditeur à entrer dans le système des féodalités politiques. Certaines régions accorderont leur soutien de préférence à des livres illustrant le patrimoine régional : d’où une tendance à se tourner vers la littérature du terroir. La décentralisation se recroqueville en localisme culturel.

L’édition tend à se concentrer en vastes conglomérats rassemblant maisons d’édition et journaux. Ces conglomérats deviennent eux-mêmes la propriété de groupes industriels qui n’ont rien à voir avec la littérature. D’où une production orientée vers une rentabilité rapide, une puissance écrasante de distribution et de promotion, et de permanents conflits d’intérêts : les journalistes chargés d’orienter les choix littéraires des lecteurs sont salariés par des producteurs de livres.

L’indispensable survie des petites maisons indépendantes ne sera possible que si les pouvoirs publics considèrent sérieusement la culture comme une exception aux règles du libéralisme, non seulement en s’opposant à certains regroupements, mais en assurant la véritable autonomie, politique, économique et culturelle, des CRL et du CNl.

Il en va aussi de la responsabilité de tous ceux qui interviennent dans la diffusion du livre, afin que le public des petits éditeurs ne se limite pas aux curieux, aux amateurs éclairés. Les libraires qui tentent de soutenir ces maisons ont eux-mêmes besoin d’appuis.

Un journaliste devrait mettre un point d’honneur à ne pas se faire l’auxiliaire d’opérations publicitaires, ni, sous prétexte d’« événement », à se précipiter au secours des vainqueurs. Les membres des jurys des prix littéraires, au lieu d’accorder les plus rémunérateurs aux plus riches (qui ont, il est vrai, quelques moyens de manipuler ces jurys), devraient avoir à cœur de couronner des ouvrages publiés par de petites maisons. A quand un Goncourt pour Exils ? un Femina pour Sabine Wespieser ?

Alors que la saison des prix littéraires s’achève sans forte surprise – les grandes maisons d’édition se partageant les honneurs –, des éditeurs modestes poursuivent leur travail de défricheur de talents ou redécouvrent de grands auteurs tombés dans l’oubli. Sans le soutien de critiques littéraires qui, dans la plupart des cas, se contentent de valoriser des ouvrages déjà encensés partout.


(1) Certaines des maisons mentionnées ici ont publié des textes de l’auteur de cet article. Que l’on ne s’en formalise pas : il n’y a guère d’intérêt économique ou stratégique à évoquer des éditeurs dépourvus de pouvoir et d’argent.

(2) Une bonne manière de découvrir ces maisons est de flâner au Marché de la poésie, qui se tient en juin à Paris, ou au salon de la petite édition, à Crest, dans la Drôme.

(3) Olivier Bessard-Banquy (sous la dir. de), L’Edition littéraire aujourd’hui, Les Cahiers du livre - Presses universitaires de Bordeaux, 2006, p. 18.

(3) Paradoxalement, Nordau était juif.

06/09/2008

A titre indicatif

LAL_lautrelettre04.pdf

30/05/2008

Communiqué de la maison des écrivains et de la littérature.



Il se confirme (cf. Le Monde, 29/05/08) que, dans le cadre de la loi de « modernisation économique » mise en débat le jeudi 19 mai 2008, les deux députés UMP et NC, auteurs d’un amendement pour mettre fin au prix unique du livre garanti par la loi Lang, maintiennent leur proposition : d’abord rejeté en commission (il prévoyait un droit de solde ramené de 2 ans à 3 mois), cet amendement est donc de nouveau présenté avec un an pour délai de solde.

Quoi qu’il en soit, ce projet constitue une attaque sans précédent contre la production littéraire et intellectuelle françaises : ce délai du prix soldé obéit exclusivement à une logique de profit dont on connaît les effets destructeurs. Il a pour seuls bénéficiaires le best seller, la production de masse, les grandes surfaces. Il dévalue le principe de l’à-valoir et menace le droit d’auteur, déjà piètres ressources de l’écrivain. A terme, il condamne à mort la librairie indépendante, seule garante du fonds ; il suicide la création littéraire.

Nous soutenons la protestation de la SGDL, du SNE et du SLF auprès de la ministre de la culture.
Nous affirmons pour notre part que si cet amendement devait être voté, il signerait, avec la vente en ligne et le port gratuit, une grave impéritie politique en matière d’art et de culture et une scandaleuse atteinte aux écrivains et à leur oeuvres.

14:25 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (0)

04/03/2008

Le livre et l’Internet

Mettre en scène les livres, vendre les livres sur l’Internet par Joël Faucilhon

 

Le texte suivant doit paraître dans le livre intitulé Le livre, que faire ?, à paraître aux éditions La Fabrique.

Compte tenu de l’actualité importante autour des thèmes évoqués dans cette contribution, nous avons décidé de placer le texte en libre accès, avant la parution du livre.

Merci à l’éditeur, Eric Hazan, d’avoir donné son autorisation pour cette mise en ligne anticipée de ce texte, avant parution papier.


Faire apparaître les livres

 

Internet, dès ses prémisses, avant même que ce réseau mondial trouve un nom, fut pensé comme un outil de découverte et de mise à disposition du savoir et de la littérature.

En 1971, Michael Hart, de l’université de l’Illinois (États-Unis), commença à diffuser les premiers textes tombés dans le domaine public au sein du réseau de l’université. Trente cinq ans plus tard, le projet fondé par Michael Hart, baptisé Gutemberg, propose près de 18 000 textes issus principalement du fond des livres en langue anglaise. Le projet Gutemberg prit comme slogan « brisons les barrières de l’ignorance et de l’illettrisme ».

Plus généralement, bien qu’assez mal connues du grand public, un nombre particulièrement élevé d’initiatives privées ou publiques ont proposé à partir des années 1990 un accès libre à un très grand nombre de corpus d’auteurs et de textes. Du côté francophone, l’ABU (prononcer « abou »), Association des Bibliophiles Universels, fondée en 1993, a compté jusqu’à trente deux membres bénévoles qui numérisaient les textes classiques, afin de les rendre disponibles en ligne.

Mais il s’agissait là de textes qui ne relevaient pas du copyright (droit anglo-saxon), ou des législations de protection des droits d’auteur, donc des oeuvres assez anciennes. Comme l’affirmait certains, il s’agissait de « mettre une technologie du XXIe siècle au service d’éditions du XIXème siècle ». La littérature et le savoir contemporain ne pouvaient être rendus accessibles sur l’Internet, en vertu des législations nationales de protection des droits d’auteur.

Mais cette situation allait être bousculée par l’apparition du du mouvement du Free Software, autrement appelé Logiciel libre — Libre signifiant tout à la fois libre d’accès, et non pas seulement gratuit, au sens économique du terme — dans l’informatique (1984). Avec à sa tête la figure charismatique de Richard Stallman, la Free Software Fondation a certainement préparé l’apparition de modèles « ouverts » de découverte de la littérature contemporaine, à travers l’Internet.

Les éditions de l’Éclat et Michel Valensi ont joué dans ce mouvement un rôle pionner et majeur. En mars 2000 paraissait aux éditions de l’Éclat le livre anthologie Libres enfants du savoir numérique, qui explorait les pratiques du « Libre » dans des domaines aussi divers que l’informatique, l’art plastique ou la musique. En même temps, apparaissait sur le site Internet des éditions de l’Éclat le Petit traité plié en dix sur le lyber, texte fondateur de la démarche de Michel Valensi. Selon le Petit traité, « donner à lire n’est pas incompatible avec vendre des livres », et la mise à disposition, gratuitement, de l’intégralité des livres du catalogue des éditions de l’Éclat devrait permettre aux lecteurs la découverte des livres, suivie éventuellement de leur achat en librairie.

Bien que l’initiative pionnière de Michel Valensi n’ait pas été soulignée et vécue comme telle dès le départ, sept ans après, des éditeurs appartenant au cercle des « marques » de grands groupes s’en réclament maintenant, et le travail des éditions de l’Éclat a fait germer de nombreux projets [1] .

Donner à lire, sur l’Internet, afin de faire découvrir à un public élargi les textes portés par des éditeurs de taille modeste, qui ne peuvent pas forcément accéder aux Mass Media ? Oui, il semble que cela soit là une démarche cohérente et fructueuse, si l’on s’en tient aux retours d’expérience des éditions de l’Éclat, ou d’autres, telles que Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com.

Par ailleurs, et c’est certainement l’une des forces de l’Internet, bien au-delà de la mise en ligne à l’état brut de textes, nous pouvons travailler sur de véritables mises en scènes : croiser textes, documents audio et vidéo, lectures d’auteurs et textes critiques, afin d’apporter des réponses essentielles au grand public : pourquoi cet auteur est-il important ? Pourquoi ce livre est-il essentiel ? Provoquer la curiosité du lecteur, l’accompagner dans la découverte d’un texte par la mise en place d’un corpus de ressources, voilà ce que permet l’Internet.

Il faudrait pourtant introduire certaines réserves dans cette proposition. En premier lieu, que se passe-t-il lorsque l’autour étouffe le coeur ? Lorsque la profusion des informations disponibles sur un auteur ou une oeuvre ne permet plus sa découverte, mais sert un processus de nature boulimique et systémique, qui ne laisse plus de place à l’assimilation ?

La nature de l’Internet, ses capacités presque infinies d’absorption de données, permet de mettre tout ou presque à la disposition du public. Mais ce processus signifie peut être l’inverse de celui de la découverte.

« Le savoir n’est pas la connaissance », indiquait récemment François Laplantine dans un livre. Si nous voulons pousser à la découverte, nous devons toujours nous assurer de la valeur des éléments que nous portons à la connaissance, de leur capacité à être et assimilées par les lecteurs. Tout le reste n’est qu’un affreux bruit de fond.

Ce fameux bruit de fond dont nous pensons qu’il est en pleine expansion dans le milieu de l’Internet, au détriment des signaux émis par des sites tels que celui des éditions de l’Éclat et d’autres.

La structuration actuelle de l’Internet n’est pas étrangère à la montée en puissance de ce « bruit de fond ». Les moteurs de recherche sont actuellement les principales portes d’entrée de l’Internet — ce ne fut pas toujours le cas — pour la recherche. Or, il ne faut jamais l’oublier, un moteur de recherche indexe les sites Internet non pas en fonction de la qualité de l’information, mais selon un ensemble de critères (algorithmes), tels que densité de mots clés dans le texte présenté au référencement, le titre de la page, etc. Par ailleurs, pour un moteur de recherche, seul le texte existe, et l’indexation d’autres éléments (images, documents audio et/ou vidéo) n’est jamais effectuée.

Dès lors, pour les grands sites commerciaux de l’Internet, dont le modèle repose entièrement sur la publicité en ligne, il est nécessaire de « créer du contenu », ou encore de « récupérer des contenus » et d’autres matériaux textuels, afin de s’assurer d’une présence optimale sur les pages de résultat des moteurs de recherche, provoquer un trafic dense à partir de Google, tout de suite monétisé par le biais de la publicité en ligne. En 2005, le site Internet culturel Fluctuat.net était racheté par Doctissimo Network. Les articles littéraires, ou encore ceux sur le cinéma, d’une assez grande qualité, de Fluctuat.net n’étaient pas la cible de l’éditeur du site Doctissimo. Ce dernier souhaitait simplement implanter, sur ce site Internet bien référencé, la publicité, source de revenus essentielle de ce groupe, afin d’augmenter de manière considérable ses profits. Et peu à peu, nous avons vu la qualité des publications du site Internet Fluctuat baisser, au fur et à mesure que la nouvelle maison mère de ce site Internet « élargissait l’audience », pour en faire un « site Internet populaire », selon l’expression utilisée au moment du rachat. Autrement dit, vider ce qui pouvait encore faire sens, mais provoquer un maximum de bruit par la mise en place de contenus plus facilement référencés, et augmenter ainsi de manière importante les recettes publicitaires. De la même manière, Wikipedia n’a-t-il pas reçu en 2005, au moment où l’encyclopédie en ligne rencontrait des difficultés financières, de nombreuses propositions d’acteurs de la publicité en ligne, voulant « monétiser » les contenus ?

À mesure que la publicité s’implante de manière massive sur l’Internet — ce marché devrait dépasser celui de la presse écrite en 2011 —, et que les grands groupes de médias exploitent cette « manne », nous devons peut-être nous attendre à une marginalisation progressive de sites qui font apparaître les livres, au profit d’autres, placés là pour vendre de l’espace publicitaire, à destination des grands groupes d’édition, pour ce qui concerne le livre. Ces derniers ont d’ailleurs investi de manière massive l’Internet, lors des deux dernières rentrées littéraires, ou encore au moment des fêtes de fin d’année, toujours selon le même modèle. Après avoir acheté de grands espaces publicitaires auprès des régies publicitaires de l’Internet, ils redirigent le public vers des « sites compagnons », crées au sein des grands groupes d’édition, qui renvoient enfin, la plupart du temps, vers les sites Internet d’achat de livres (Amazon, Fnac.com, Alapage). Selon l’agence TNS Media Intelligence, au sein du marché publicitaire de l’Internet, le secteur de la culture et des loisirs a connu une hausse de plus de 50% au cours du premier trimestre 2007. Il n’est donc plus certain que l’Internet soit le média ouvert qu’il fut, capable de faire apparaître les livres auprès du grand public.

Il peut l’être encore, il ne l’est plus par nature.

 


Vendre des livres sur Internet

Les livres ont été l’un des premiers « produits » dont la vente a été envisagée sur l’Internet, dès 1997 dans le cas d’Amazon et d’autres sociétés pionnières. Les raisons de cet engouement sont simples : les livres, de par leur forme et leur taille, se prêtent facilement à la vente par correspondance, et les marges concédées par les éditeurs sont très intéressantes pour les acteurs de la grande distribution, bien supérieures à beaucoup d’autres secteurs tels que l’électronique grand public.

Bien que l’explosion de la bulle spéculative liée à l’Internet (début du XXIè siècle) ait ralenti pendant deux ou trois ans la progression du marché du livre sur l’Internet, ce n’est désormais plus le cas. Dans un contexte où le marché du livre, en France, stagne, voire régresse depuis 2006, la vente de livres sur l’Internet connaît une progression à deux chiffres, cannibalisé surtout par un acteur majeur : Amazon France.

Amazon utilise des méthodes simples, mais d’une redoutable efficacité. En premier lieu, occuper le maximum d’espace, que cela soit au niveau des moteurs de recherche, de la publicité ciblée, ou encore au travers de programmes d’affiliation très aboutis pour les sites Internet partenaires. Avec ces programmes, de simples blogueurs comme des sites Internet majeurs sont rétribués en fonction du nombre de commandes qu’ils provoquent, sur la plate-forme Amazon.

D’autre part, la firme de Seattle a mis en place depuis décembre 2005 une politique très agressive, du point de vue commercial. Outre la remise de 5% sur tous les livres (remise maximum autorisée, compte tenu de la loi Lang sur le prix unique du livre), Amazon offre les frais de port sur tous les livres, sans minimum d’achat. Cette pratique, bien qu’elle ait été condamnée par la loi (jugements en première instance, confirmés en appel en juin dernier contre la société Alapage pour des pratiques identiques), continue d’être mise en avant par Amazon France. La société, de ce fait, a été assignée en justice par le Syndicat de la Librairie Française et un premier jugement, plusieurs fois reporté, a condamné Amazon France en décembre 2007. Amazon a justifié ces pratiques, dans un courriel envoyé à l’ensemble des clients, à la fin du mois de novembre 2007, par sa volonté de « faciliter la découverte des millions de livre qu’Amazon.fr propose sur son site », et d’autoriser « un accès plus facile et plus direct à la création littéraire » (sic). Le 11 décembre 2007, le tribunal de Versailles condamnait Amazon France pour sa pratique de frais de port offerts, « considérés comme une vente à prime, éventuellement une vente à perte ».

La réalité est évidemment toute autre. La firme de Jeff Bezos a déjà largement distancé ses premiers rivaux, notamment la Fnac et Alapage, et cette politique de port offert sur tous les livres a pour ambition de les écarter définitivement. Bien qu’aucun chiffre n’ait été communiqué, la politique de frais de port offerts par Amazon a un coût considérable, à tel point qu’en juin dernier, Amazon France a du être renfloué à hauteur de vingt millions d’euros par Amazon EU SARL, la société basée au Luxembourg qui contrôle Amazon France.

Alors que le commerce du livre neuf sur l’Internet aurait représenté en 2006 plus de 6% du marché, en augmentation constante, Amazon est en train de devenir un acteur de nature monopolistique, par sa politique commerciale très agressive.

Il est important de signaler, que l’objectif d’Amazon, pour l’instant, n’est pas tant de vendre des livres, que d’acheter des parts de marché, grâce à sa puissance financière qui lui permet de compenser ses pertes importantes, afin de d’acquérir une position de monopole dans la vente de livres sur l’Internet.

Une fois cette situation établie, la firme de Seattle va pouvoir imposer des conditions commerciales très difficiles aux éditeurs et aux distributeurs de livres.

Le mouvement s’est d’ailleurs amorcé : depuis près d’un an, les éditeurs en situation d’auto-distribution, les plus fragiles du point de vue économique, sont incités à rejoindre le programme Avantage Amazon. Sous cette appelation soignée se cache une réalité peu amène : les éditeurs sont obligés de mettre leurs livres en dépôt permantent auprès d’Amazon, avec une marge concédée qui atteint les 50%, soit 10 à 17% de plus que pour les autres points de vente, y compris la grande distribution. Nombre de petits éditeurs, par crainte de perdre une visibilité sur la plate-forme, ont d’ores et déjà intégré, de mauvais gré, ce programme qui les fragilise.

Internet est une chance pour le livre, nous ne devons pas l’oublier. Il existe de véritables « diagonales du vide », en France, en terme de présences de lieux de ventes de livres, et Internet permet à la population rurale, ou à celle de villes moyennes, d’accéder à des catalogues élargis, à un choix de lecture beaucoup plus important.

Par ailleurs, Internet a permis l’émergence de ce qu’il est convenu maintenant d’appeler « la longue traîne » (The long tail, dans le monde anglo-saxon), c’est-à-dire la capacité de ce médium à augmenter de manière significative la vente des ouvrages de niche, spécialisés, dans la mesure où les lecteurs intéressés par des livres pointus peuvent y accéder plus facilement [2] . De manière mécanique, la longue traîne permet d’augmenter les ventes des livres « les moins communs », dans la mesure où une population plus importante a accès aux points de vente, avec l’Internet.

Le risque principal, comme nous l’avons vu, est que cet espoir dans une plus grande diffusion du livre soit contrarié par la pratique de quelques acteurs, particulièrement Amazon, qui présentent de grandes menaces, de par leur volonté hégémonique et leur capacité à s’ériger en monopole.

Au-delà même des considérations de nature économique, nous devons également nous interroger sur le modèle de société qui nous est proposé, avec la montée en régime des firmes de commerce sur l’Internet.

Les modèles d’Amazon, de Fnac.com ou encore d’Alapage, résultent de l’association entre des informaticiens choyés, souvent intéressés aux bénéfices (stock options), et des manutentionnaires, en contrats précaires, travaillant dans de vastes entrepôts, à Orléans (Amazon) ou en région parisienne (Fnac.com). Par ailleurs, certaines sociétés de la Nouvelle Économie, par la rupture qu’elles pensent créer dans le modèle de société proposé, estiment ne pas devoir s’en remettre aux lois qui protègent les travailleurs.

Le cas d’Amazon est de ce point de vue exemplaire. En effet, au cours de l’année 2000, la firme de Jeff Bezos a multiplié les avis de défiance envers les organisations syndicales. Le New-York Times révélait au cours de cette année quelques éléments d’un document interne destiné à l’attention des cadres : « Les syndicats encouragent activement la méfiance à l’égard des supérieurs. »…« Ils créent une attitude non coopérative parmi les salariés en les conduisant à penser qu’ils sont intouchables. » … « Ils limitent les récompenses aux salariés. L’accroissement des primes est contraire à la philosophie syndicale. »

Pire : la même année, il a fallu de très longs mois de conflit ouvert aux salariés d’Amazon, aux États-Unis, pour imposer la simple existence d’un syndicat. Jeff Bezos, charismatique directeur d’Amazon, affirmait à l’époque que « Chaque membre de l’entreprise en est aussi propriétaire, Amazon n’a donc pas besoin de syndicats. [3] » Il avait fallu à cette époque que les salariés, appuyés par de puissants syndicats américains, menacent d’un embrasement généralisé du conflit à l’ensemble des entrepôts dissémines dans le monde pour que la direction accepte finalement la constitution d’un syndicat autonome.

En Europe, Amazon a décidé de respecter les législations sur le droit du travail. Néanmoins, comme le remarquait Alain Beuve-Méry, dans un article du Monde daté de janvier 2007, « La moyenne d’âge ne dépasse pas la trentaine. Ils ne sont pas syndiqués [4] » . Quant aux salariés qui ont quitté la filiale française à la suite du plan social de 2004, ils n’ont pas pu bénéficier de leurs stock-options, partis en fumée [5]. Pourtant, Jeff Bezos l’affirme encore, de manière récurrente : il n’y a pas de problèmes à Amazon, puisque « tout le monde est propriétaire ».

Face à la montée en puissance de ces sociétés, que peuvent faire les libraires ? Existe-t-il encore des possibilités de maintien d’un réseau de libraires indépendants, qui doivent faire face au défi du numérique ?


Il existe certainement quelques pistes de travail
.

La première passe nécessairement par la mutualisation des outils et de l’infrastructure technique nécessaire à l’émergence de sites de librairies indépendantes en ligne. En effet, compte tenu des coûts induits par la mise en ligne de solution de ventes sur Internet, très élevés (autour de 30 000 euros pour une simple solution de commerce électronique, assez pauvre en fonctionnalités), les librairies doivent s’associer. C’est une nécessité vitale, assez souvent mal vécue par une profession composée d’individualités fortes. Face aux géants du commerce en ligne, la librairie doit être capable de se structurer en réseaux, en rhizomes, qui peuvent naître d’affinités électives, d’une organisation territoriale, ou d’autres critères. Cette mise en réseau doit représenter un choix politique fort, revendiqué, et ne doit pas être vécue comme une nécessité à laquelle il faudrait se plier de mauvais gré. Dans un monde de la librairie française particulièrement atomisé, peuplée de singularités, cette proposition de « travailler ensemble » peut être singulièrement mal vécue. Elle n’en demeure pas moins une nécessité pour la survie de l’ensemble.

Par ailleurs, si les groupements de librairies, au moment de basculer sur l’Internet, ne disposent évidemment pas de fonds importants pour la mise en place de projets de commerce en ligne, elles doivent profiter, dans le sens noble du terme, de l’ensemble des outils mis à la disposition de tous par la communauté du logiciel libre. En effet, la force d’Amazon est d’avoir développé, à l’aide de nombreuses équipes d’ingénieurs basés à Seattle (États-Unis), un outil d’une très grande puissance. Mais le monde du logiciel libre, par sa vitalité, peut également produire des solutions d’une extrême efficacité. À titre d’exemple, nous pouvons parler du logiciel libre Drupal, sur lequel est en train d’être développé la librairie générale Lekti-ecriture.com et nous l’espérons, d’autres groupements de libraires. Le projet Drupal, maintenu par plusieurs milliers de développeurs bénévoles répartis de par le monde, aurait un coût global, s’il était développé par une entreprise privée, de plus de 27 millions de dollars5. Drupal, projet open source d’une très grande qualité, dispose de toutes les fonctionnalités et bien plus encore — la seule limite, pourrait-on dire, étant celle de l’imagination — dont les librairies ont besoin pour développer leurs propres solutions de vente en ligne, créer des communautés de lecteurs, et bien d’autres fonctionnalités. Et les librairies indépendantes en ligne ne pourront concurrencer de manière efficace les grands acteurs de l’Internet marchand à partir du moment où elles ne se contentent pas de reproduire les modèles dominants mais d’inventer leurs propres modèles, à partir des fondements essentiels du travail mené, c’est-à-dire la connaissance et la classification d’un fonds (notion d’auctoritas), et le rôle de conseil, de guide. Les grands acteurs de la vente en ligne proposent une navigation basée sur le comportement des autres internautes (le lecteur X, qui a acheté le même livre que vous, a également ce livre…), un outil puissant, les libraires doivent proposer des navigations transversales initialisées par leur connaissance des fonds, un travail facilité par le développement d’outils très puissants tels que la recherche par facettes6, intégré de manière importante dans certains logiciels libres comme Drupal.

C’est certainement par ce travail-là, notamment celui d’une véritable transcription du métier de libraire sur l’Internet, que la librairie indépendante pourra effectivement disposer d’un avenir.
Et le livre numérique ?


Faut-il parler ici du livre numérique,ou livrel, dont les spécialistes nous annoncent sans cesse l’arrivée imminente en masse, depuis 2005 ? Peut-être.

Avant tout pour signaler que toutes les tentatives passées — y compris celles des derniers mois, notamment celle des Echos —, pour promouvoir les E-Book ou liseuses ont eu des résultats mitigés, lorsqu’ils n’étaient pas franchement catastrophiques. Avec toujours le même problème récurrent, qui freine de manière certaine la montée en puissance des ventes de livres numériques : l’association d’un format de lecture de livres électroniques, propriétaire, à un lecteur particulier (c’est le cas de tous les lecteurs ou presque, du Sony Reader au tout récent Kindle d’Amazon, en passant par le Reader des Échos). Autrement dit, le lecteur qui achète une liseuse est obligé de s’en tenir à une seule source, pour l’achat de livre, chacune d’entre elles s’excluant mutuellement. Le lecteur du Kindle d’Amazon devra acheter ses livres sur Amazon, n’aura aucune possibilité de le faire ailleurs, celui des Échos devra se connecter sur la plate-forme Internet du journal, alors que l’heureux propriétaire du Reader Sony aura l’obligation d’utiliser l’ebook store de Sony.

Pour tous ceux qui se préoccupent avant tout de la diffusion du savoir, nous devons avouer que l’échec actuel des E-books est une heureuse nouvelle. En effet, les industriels du secteur (Amazon, Sony et d’autres) essaient d’imposer des formats propriétaires pour la lecture des livres électroniques, ce qui revient tout simplement à placer l’ensemble de la production intellectuelle actuelle et à venir, non plus sous la protection du droit d’auteur, mais sous celle de la propriété industrielle et de la législation sur les brevets. Dans le contexte des « nouvelles enclosures » , le développement massif du livre électronique sous sa forme actuelle, avec la prédominance de formats propriétaires imposés aux lecteurs, se traduirait par la plus grande entreprise de privatisation du savoir que l’humanité ait connue.

C’est là un risque, évidemment, que nous ne pouvons accepter, auquel nous devons lui opposer l’idée du « bien commun » [6].

Les libraires peuvent être tentés, dans le contexte actuel, de vendre des livres numériques, sous la pression de certains opérateurs extérieurs au monde du livre, ou encore de certains grands éditeurs. Il est nécessaire que les libraires s’interrogent sur le rôle de « passeurs de savoirs », qu’ils ont toujours assumé, et qu’ils se placent, de manière volontaire et affirmée, du côté des mouvements qui souhaitent assurer une meilleure circulation du savoir dans la société de l’information, du côté du logiciel libre, du free software. Si le libraire était appelé à devenir le « gardien du temple », celui qui s’allie aux nombreux acteurs de la nouvelle économie qui souhaitent en faire le vendeur de fichiers protégés par de nombreux dispositifs restrictifs quant à l’usage [7], alors il serait délaissé de manière brutale par les nombreux lecteurs qui comptent encore sur eux.

Et ils auraient certainement raison.


P.-S. Contribution placée sous licence Creative Commons.

 

Notes

[1] Lekti-ecriture.com, à travers la revue littéraire Contre-feux, fait partie de ces projets qui ont été nourris par les propositions et les réflexions de Michel Valensi.

[2] Voir à ce propos le livre de Chris Anderson : The long Tail : why the future of Business is Selling Less of More, Hypérion, 2006

[3] Regarder l’article de novembre 2000 de ZD Net : Extension du domaine de la lutte chez Amazon (http://www.01net.com/outils/imprimer.php ?article=129881).

[4] Alain Beuve-Mery, « En remontant le cours d’Amazon jusqu’aux sources du e-commerce », Le Monde des Livres, 18 janvier 2007.

[5] Voir à ce sujet l’article de ZD Net, « Amazon France en rupture de stock-options » (http://www.01net.com/outils/imprimer.php ?article=249388), publié en août 2004.

[6] Voir à ce propos le texte fondamental de Philippe Quéau, « Du Bien Commun Mondial à l’âge de l’Information » qui garde toute son actualité, bien qu’il fut écrit en mars 1999 (http://2100.org/conf_queau1.html).

[7] Nous ne pouvons ici que manifester notre hostilité à l’égard de certains projets tels que celui de Numilog, qui propose aux librairies de vendre des fichiers numériques correspondant aux livres imprimés, protégés par de tels dispositifs, qu’il est impossible, de manière générale, de les lire sur un autre support (ordinateur, clé USB…) que celui sur lequel il a été acheté.

23/02/2008

Le site emploi d'ESTIENNE....

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19/02/2008

Internet, le livre et  la libre circulation des idées

Lettre de l'ARPEL Aquitaine

Appel pour le livre


Internet est une chance formidable pour le livre : ce médium permet à l’ensemble des lecteurs de percevoir une production qui était jusque-là, parfois, difficile d’accès. Internet permet de découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux textes, de nouveaux éditeurs, et d’enrichir considérablement l’accès à la culture pour tous.

Pour autant, depuis moins d’un an, la mise en place d’un vaste monopole sur la vente en ligne de livres sur l’Internet, avec Amazon.fr, menace de manière profonde la diversité culturelle que nous sommes en mesure d’attendre de l’Internet. La politique commerciale très agressive de ce groupe, qui demande des marges commerciales extrêmement élevées aux plus petits éditeurs, les fragilisant de manière excessive, afin de financer leur politique de frais de port offerts, menace de manière profonde la promesse d’une plus grande accessibilité au livre pour tous, sur l’Internet.

Amazon exclut désormais, de manière systématique, la présentation de livres dont les éditeurs refusent de se soumettre à leurs conditions commerciales. La politique des frais de port offerts par Amazon est rendue possible par la demande de surremises aux éditeurs, non par une plus grande efficacité économique, contrairement à ce qu’il est souvent affirmé. La gratuité des frais de port est une illusion, puisque ce dispositif est « financé » par les éditeurs, à qui il est demandé une remise plus importante.

Amazon.fr a été condamné en décembre 2007 pour le non-respect de la loi Lang, autrement appelée Loi sur le prix unique du livre, une loi considérée comme « la première loi de développement durable », qui garantit un prix de vente des livres souvent inférieur à celui pratiqué dans des pays qui ne disposent pas d’un tel dispositif, et permet à l’ensemble des acteurs du livre de recevoir une juste rétribution.

Amazon a décidé de ne pas respecter le jugement, de manière volontaire, et de stigmatiser de manière très violente, à travers un forum et une pétition, les librairies françaises. Contrairement à ce qu’il est parfois affirmé, les gens du livre, notamment les libraires, n’ont pas peur de la révolution numérique. Ils ont simplement besoin que soient respectés les principes essentiels liés au commerce du livre, qui sont ceux d’une concurrence saine basée sur le savoir-faire de chacun d’entre eux, afin d’assurer à tous un plus grand accès à la culture.

Nous, simples lecteurs comme professionnels, demandons donc aux hommes politiques de réagir, et de renforcer les dispositions de la loi sur le prix unique du livre et de l’adapter à l’univers du numérique, afin qu’elle ne soit plus contournée de manière systématique par les grands sites Internet de vente en ligne dont certains, placés en situation d’abus de position dominante, concourent de manière importante à fragiliser le socle sur lequel peuvent s’appuyer les auteurs, pour diffuser la création et les idées.

Nous demandons également aux pouvoirs publics de faire respecter une décision de justice qui vient justement de condamner un site Internet de vente de livres.

Pour signer cette pétition, cliquez ici.

17/02/2008

Le pari de la librairie ambulante

Au volant de son fourgon, Véronique Daniélou sillonne les marchés du Finistère et du Centre-Bretagne pour vendre des livres neufs qu’elle a méticuleusement choisis. Rencontre avec une libraire atypique.

Jour de marché à Plouguerneau. Ils sont peu nombreux, par cette froide mais belle journée d’automne, à s’installer autour de l’église. Parmi ces courageux commerçants non sédentaires, le fromager étale ses victuailles, près du maraîcher. Et en face du boucher, Véronique Daniélou, emmitouflée dans son blouson, une grosse écharpe nouée autour du cou, déballe ses livres. Des livres neufs. Car Véronique Daniélou n’est pas bouquiniste. Non, elle est libraire ambulante. Aux petites librairies bien chauffées, la jeune femme de 29 ans a, en effet, préféré les marchés pour vendre des livres qu’elle a pour la plupart lus et aimés, là où il n’y en avait pas : « Il y a beaucoup de bonnes librairies. Mais dans certains villages, il y a parfois une bibliothèque, mais pas toujours, et à peine une Maison de la presse ».
La seule dans le Grand Ouest

Partant de ce constat, l’idée lui est venue il y a deux ans, après une succession de petits boulots, RMI oblige, de s’inventer un métier : libraire en plein air pour faire de la librairie autrement. Grâce à des aides du ministère de la Jeunesse et des sports, du conseil général et de la ville de Brest, elle a pu s’élancer, au volant de son camion, sur les routes du Finistère et du Centre-Bretagne. Elle est la seule dans tout le Grand Ouest. Depuis, sa ibrairie ambulante s’arrête sur les marchés locaux : Carhaix, Daoulas, Landivisiau, Ploudalmézeau, Morlaix, Crozon, Saint-Rivoal, Landunvez, Lanvéoc, Plouvien, Roscoff ... Au total, une vingtaine de communes rurales, un peu moins en hiver, où il est possible de revenir du marché avec un bon livre à déguster, coincé dans le panier à provisions, entre une botte de poireaux et quelques tranches de salami ! "En mettant le livre dans le cadre populaire du marché, j’essaye d’en faire un objet de consommation assez simple. Il n’est pas toujours évident, reconnaît-elle, de pousser la porte d’une librairie classique".
Entre 5 et 10 euros

Sur ses étagères, aucun risque de trouver le Da Vinci Code, le dernier Amélie Nothomb ou autres guides pratiques qui seraient susceptibles de gonfler ses ventes. "Certains professionnels du livre pensent que les gens n’achètent que les best-sellers. Moi, je pense que c’est parce qu’on ne leur présente que ça", explique-t-elle. Et d’avoir tenté de vendre, en vain, Harry Potter et les reliques de la mort conforte cette atypique libraire dans son idée de ne proposer que des choses surprenantes, soigneusement choisies dans les catalogues de petites maisons d’édition et chez quelques grands éditeurs qu’elle estime de qualité : "Défendre des petits éditeurs, c’est participer à rendre visible la création actuelle, c’est soutenir des auteurs et des éditeurs inventifs et originaux, exigeants dans la conception et la fabrication de leurs livres". Avec un stock de 1.500 livres, elle propose aussi bien de la littérature contemporaine - plutôt étrangère mais pas seulement -, que des essais, de la poésie, du théâtre, des romans, de la nouvelle ou encore de la littérature jeunesse. Le tout à des prix proches d’une dépense courante de marché, entre 5 et 10 euros. "J’ai eu tellement de mal à m’acheter mes propres livres", se souvient-elle.
"Les gens me font confiance"

Sur ses rayonnages, l’Argentin Ricardo Güiraldes côtoie ainsi l’Irlandais Colum McCann, les incontournables Céline ou Faulkner, le dernier Jean-Philippe Toussaint et d’autres auteurs inclassables. Ce choix qu’elle estime de qualité, elle a quand même hésité à le faire, de peur que ça n’intéresse personne, car les livres présentés seraient trop différents de ce que l’on trouve dans les supermarchés. Et en fait, ça marche plutôt bien. "Je guide les gens vers des auteurs qu’ils jugent, souvent à tort, difficiles et que j’aime défendre. Ils me font confiance".

Gwénaëlle Loaëc
( Le télégramme – 14 décembre 2007 )


Les déplacements de la Librairie ambulante sont sur le site la librairie ambulante



06/02/2008

Déclaration internationale des éditeurs indépendants,

Durant quatre jours, du 1er au 4 juillet 2007, s’est tenu à Paris, à la bibliothèque Nationale de France (site François Mittérand) et sous l’égide de l’UNESCO, les Assises Internationales de l’édition indépendante, regroupant 75 éditeurs indépendants de plus de 45 pays,membres de l’Alliance des éditeurs indépendants.


Préambule

Le rôle des éditeurs indépendants en tant qu’acteurs essentiels de la diffusion d’idées, de la construction de l’être humain est aujourd’hui partout dans le monde gravement compromis. La bibliodiversité – la diversité culturelle pour le livre – est en danger.

Les éditeurs indépendants sont en effet touchés de plein fouet par la globalisation économique, qui favorise la financiarisation de leur secteur, dominé aujourd’hui par des grands groupes qui possèdent les supports, les moyens de communication et de diffusion. La standardisation des contenus est en marche.

La recherche du seul profit pousse l’édition vers une marchandisation qui n’est pas compatible avec la création et la diffusion des biens culturels. Pourtant, le livre devrait être un bien public.

Face à ces menaces, nous, 75 éditeurs indépendants de plus de 45 pays – dont des représentants de collectifs regroupant au total plus de 465 maisons d’édition – réunis à Paris à la Bibliothèque Nationale de France du 1er au 4 juillet 2007 en Assises internationales de l’édition indépendante, réaffirmons notre volonté de résister et d’agir ensemble.

Nous nous inscrivons pleinement dans les principes de la Convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’Unesco, entrée en vigueur le 18 mars 2007. Nous souhaitons, pour le secteur culturel qui est le nôtre, contribuer concrètement à sa mise en œuvre. Nous considérons que l’Alliance que nous formons est légitime à représenter et à défendre la bibliodiversité et l’édition indépendante, en particulier auprès des organismes internationaux et des États engagés dans l’application de la Convention et la mise en place de politiques nationales du livre et de la lecture.

Déclaration

Nous dénonçons tout d’abord avec force toute forme de censure, qu’elle soit directe, indirecte ou qu’elle relève de l’autocensure. Nous nous déclarons pleinement solidaires de tous nos collègues éditeurs, des auteurs et de tous les autres professionnels du livre qui subissent aujourd’hui encore des formes d’intimidation, des violences morales ou physiques, des peines d’emprisonnement, mettant en danger leurs activités – voire leur vie. Nous constatons par ailleurs le développement de formes de censure moins directes, qu’elles relèvent de causes administratives (blocages en douane, taxes arbitraires, etc.), juridiques et financières, ou qu’elles découlent d’un mécanisme d’autocensure. Les phénomènes de concentration et de financiarisation du secteur éditorial, des médias et des moyens de communication participent aussi directement ou indirectement au renforcement ou à la réapparition de formes de censure.

Nous constatons que les lois antiterroristes et sécuritaires ont amoindri depuis quelques années la liberté d’expression partout dans le monde ; nous entendons lutter contre cette dégradation.

Nous sommes particulièrement alarmés par le manque de circulation des œuvres et des idées d’une culture à l’autre, notamment à travers le livre. Nous constatons par exemple que très peu de livres sont traduits vers l’anglais et vers l’arabe, alors que l’essentiel des traductions est issu d’œuvres du monde anglophone. Nous redoutons un repli identitaire et l’instauration durable d’une pensée dominante. Nous demandons unanimement et solennellement la mise en place urgente de fonds et d’aides à la traduction destinés avant tout aux éditeurs indépendants. Nous demandons à tous les États, à tous les pouvoirs publics, à tous les mécènes de mobiliser en urgence des ressources en faveur de traductions d’ouvrages, pour participer à la réinvention et au renforcement des liens entre les communautés humaines.

Nous restons convaincus que les coéditions représentent aussi un instrument utile au dialogue interculturel – principalement lorsqu’elles sont le fruit d’un engagement collectif se traduisant par des accords commerciaux solidaires. Nous nous engageons à poursuivre notre réflexion – enrichie par nos pratiques – sur la notion de « livre équitable ».

Nous nous déclarons en faveur de la souveraineté des États en matière de politiques culturelles, politiques qui ne doivent toutefois pas nuire à la liberté d’expression et aux droits humains. Il faut que soit respecté, défendu, appliqué un droit souverain autorisant l’établissement de politiques et de lois en faveur du livre, protégeant et assurant la promotion des industries culturelles indépendantes. Cette souveraineté pourrait par exemple permettre l’instauration de lois fixant un prix unique, la mise en place d’encouragements fiscaux, le développement des bibliothèques et de la lecture publique, la protection et la promotion des librairies indépendantes, les achats publics de livres produits localement, l’instauration de tarifs préférentiels nationaux sur le transport des livres.

Le livre et l’édition font partie d’un héritage culturel local mais aussi universel ; la diffusion des œuvres doit passer de façon prioritaire – surtout lorsque les niveaux de développement sont inégaux – par la coédition solidaire et la cession de droits. Nous encourageons également la publication en langues locales ou minoritaires ; nous nous déclarons solidaires des éditeurs oeuvrant en leur faveur.

Nous demandons la révision de l’accord de Florence. Nous ne sommes pas opposés au principe de la libre circulation des livres ; malheureusement elle s’opère trop souvent en défaveur des marchés et des industries locales et nationales. Il faut compenser les échanges déséquilibrés entre les pays fortement exportateurs de livres et les pays destinataires.

Nous appelons les associations ou les organismes institutionnels engagés dans le don de livres à la vigilance, afin que leurs activités ne pénalisent pas l’édition locale. Nous estimons qu’il est urgent de repenser le don de livres et ses mécanismes, de lui donner un nouveau sens, une modernité.

Il est impératif que les éditeurs indépendants puissent accéder aux marchés publics de leur pays. L’édition scolaire doit être prioritairement confiée aux éditeurs locaux indépendants, à la fois pour des raisons de développement économique de l’édition, mais aussi parce qu’il est crucial que les contenus soient conçus et produits localement.

Il nous semble essentiel que soit créé un environnement fiscal favorable à l’industrie du livre. Il s’agit en particulier d’adopter des taxes réduites sur le livre, mais aussi de détaxer au maximum l’importation des matières et des matériels essentiels à la fabrication du livre. Nous déplorons malheureusement que le protocole de Nairobi ne soit pas signé, ratifié ou respecté par tous.

Nous voulons réaffirmer notre interdépendance avec les acteurs de la chaîne du livre, les auteurs, les traducteurs, les libraires et les bibliothécaires. Nous nous sentons en particulier engagés dans une véritable communauté de destin avec les libraires indépendants. Nous n’oublions pas que les libraires indépendants sont, comme leurs homologues éditeurs, des agents culturels et sociaux fondamentaux pour l’information et la formation des personnes. Les éditeurs et les libraires doivent travailler ensemble à rendre visible leur indépendance et sa signification.

Dans certains pays, la distribution est en pleine dérégulation du fait de la concentration, menaçant ainsi toute la chaîne du livre. Nous appelons à la régulation des structures existantes et à la mise en place de structures alternatives de diffusion et de distribution.

Les bibliothèques publiques sont un maillon à part entière de la chaîne du livre ; par les acquisitions d’ouvrages, elles doivent refléter la diversité culturelle et permettre le renforcement de l’édition locale tout en remplissant leur rôle social de formation des lecteurs.

Il est fondamental que soient conçues et appliquées des lois équilibrées en matière de droits d’auteur – lois permettant à la fois de protéger les droits des créateurs tout en garantissant l’accès à la connaissance. Il s’agit avant tout d’empêcher le monopole de la connaissance et une trop grande appropriation privée du savoir. Par ailleurs, l’accès aux nouvelles technologies est fondamental ; elles seront essentielles à la bibliodiversité.

Nous sommes conscients que, tout en luttant et revendiquant nos droits, il nous faut affirmer dans le même temps nos devoirs et nos responsabilités – qu’elles soient culturelles, sociales ou environnementales.

Au terme de ces quatre journées de travail en commun, nous constatons de nouveau que notre Alliance est un espace précieux de rencontres humaines, de dialogues et d’échanges culturels, de partages d’expériences, de mises en commun des savoir-faire professionnels, de conceptions et de mises en œuvre de projets éditoriaux innovants, d’élaborations d’actions de plaidoyer utiles à l’édition indépendante et à la bibliodiversité. Nous avons pleinement conscience d’être les acteurs premiers de nos projets et de nos réflexions.

Enfin, nous appelons les éditeurs indépendants, partout dans le monde, à se regrouper, au niveau national, mais aussi au niveau régional et international, dans des associations et des collectifs permettant de mieux défendre nos droits, de faire entendre nos voix. Ensemble, avec l’appui des pouvoirs publics, des mécènes, des organisations internationales, nous entendons continuer à défendre et à promouvoir l’édition indépendante et la bibliodiversité.

Paris, mercredi 4 juillet 2007

Qu'il est blême mon H T M L 4.....

Oui c'est facile, mais je n'ai pas résisté plus longtemps à ce calembour battant...

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